Vairao (Tahiti), novembre 2025 – Le projet MaHeWa a franchi une étape importante avec la réalisation de la première simulation expérimentale de vagues de chaleur marines appliquée au poisson lune Platax orbicularis, ou Paraha peue. Cette espèce, emblématique des lagons polynésiens et d’intérêt aquacole pour le fenua, a fait l’objet d’un protocole expérimental conçu et mis en place lors de la mission de Benjamin Geffroy (Ifremer – UMR MARBEC Montpellier), venu appuyer l’équipe Ifremer de Vairao pour la préparation du dispositif et le lancement des essais.
Afin de reproduire des conditions proches des vagues de chaleur observées dans les lagons polynésiens, quatre scénarios ont été élaborés dans un système contrôlé. Le premier correspond à la température moyenne du lagon à 28 °C, servant de point de référence. Deux scénarios simulent des vagues de chaleur constantes à 32 °C et 34 °C maintenues durant vingt-cinq jours. Le quatrième scénario, plus complexe, reproduit deux vagues de chaleur successives à 32 °C séparées par six jours de récupération à la température naturelle du lagon.
Ce design permet d’examiner les effets de différentes intensités de vagues de chaleur, mais aussi d’étudier l’influence de la fréquence des événements sur la physiologie des poissons. Le dernier scénario rend possible une comparaison entre l’impact d’un événement prolongé unique et celui de deux événements répétés, afin de déterminer si la succession de vagues de chaleur accentue le stress thermique ou si, au contraire, une première exposition améliore la réponse des poissons lors d’une seconde.
Les objectifs scientifiques de cette expérimentation s’inscrivent pleinement dans les ambitions du WP2 du projet MaHeWa. L’équipe cherche à déterminer la sensibilité thermique du platax, à identifier des seuils physiologiques critiques et à comprendre les réponses des poissons à des conditions appelées à devenir plus fréquentes avec le changement climatique. Les mesures porteront à la fois sur la physiologie individuelle (activité, croissance) et sur la réponse moléculaire, notamment à travers l’analyse du cortisol, l’« hormone du stress ». Celui-ci sera mesuré dans l’eau pour évaluer le stress collectif, dans le sang pour mesurer la réponse individuelle, et dans les écailles afin d’estimer l’accumulation au fil du temps, révélatrice d’un stress chronique.
Les premiers prélèvements ont été réalisés selon un protocole rigoureux garantissant la qualité des données et la comparabilité entre les scénarios. Les échantillons recueillis alimenteront les analyses physiologiques et moléculaires prévues pour 2026, avec pour objectif de mieux comprendre les mécanismes de réponse au stress thermique propres aux espèces tropicales. Cette expérimentation repose sur une collaboration étroite entre l’UMR SECOPOL (Ifremer Vairao) et l’UMR MARBEC (Ifremer Montpellier). Elle a été rendue possible grâce au soutien technique du VSC Martin Debatis, à l’appui analytique de la VSC Justine Gamet, ainsi qu’à l’engagement quotidien de l’équipe scientifique locale : Guillaume Mitta, Caline Basset, Stéphane Lallement, Thomas Camus, Denis Saulnier, Cristian Monaco, Julien Rouxel, Yann Dorant et Carole Di Poi.
Les poissons utilisés dans cette étude proviennent de la Coopérative des Aquaculteurs de Polynésie Française, garantissant un matériel biologique local et adapté à l’expérimentation.
Crédits photos : Carole Di Poi