MaHeWa au Symposium international sur les récifs coralliens

Mahewa
Variabilité thermique et production de ciguatoxines : mieux comprendre la dynamique de Gambierdiscus dans le lagon calédonien

Présentés à Auckland lors de l’International Coral Reef Symposium 2026, les travaux menés dans le cadre de MaHeWa par Célia Caillibot (doctorante WP2) cherchent à préciser comment les variations de température influencent la diversité, la distribution et la toxicité des microalgues benthiques du genre Gambierdiscus.

Au cœur du Pacifique Sud-Ouest, la Nouvelle-Calédonie abrite l’un des plus vastes ensembles lagonaires au monde. Cet écosystème corallien est toutefois soumis à des pressions croissantes : réchauffement de l’océan, multiplication des canicules marines, blanchissement des coraux et augmentation des substrats morts. Ces transformations peuvent favoriser la colonisation par les macroalgues, qui offrent à leur tour un habitat propice à certaines microalgues benthiques potentiellement toxiques.

Un enjeu à la croisée de la santé et des écosystèmes

Parmi ces microalgues, le genre Gambierdiscus est connu pour produire des ciguatoxines, à l’origine de la ciguatera. Cette intoxication alimentaire, liée à la consommation de poissons contaminés, constitue l’une des principales intoxications non infectieuses d’origine marine dans les régions tropicales.

Dans un contexte de changement climatique, les dynamiques de Gambierdiscus pourraient évoluer : modification de leur répartition, de leur abondance, de leur diversité génétique et de leur capacité à produire des toxines. Ces changements représentent un risque potentiel pour la santé humaine, les écosystèmes récifaux et les communautés qui dépendent des ressources du lagon.

Comprendre l’effet des variations de température

L’étude vise à déterminer comment les variations thermiques, qu’elles soient brutales ou progressives, influencent la diversité génétique, la diversité des composés chimiques et la production de toxines de Gambierdiscus en Nouvelle-Calédonie.

Lors de la présentation au symposium, la chercheuse s’est notamment concentrée sur les données recueillies à Lifou. Ce focus a permis d’illustrer les variations observées localement et l’intérêt d’un suivi régulier à l’échelle des îles et des différents environnements lagonaires.

Des prélèvements de terrain aux analyses de pointe

Des échantillonnages mensuels sont réalisés sur plusieurs sites du lagon à l’aide de deux dispositifs complémentaires :

Substrats artificiels

Des morceaux de toile de type window screen sont immergés afin de collecter les dinoflagellés benthiques présents dans le milieu.

Échantillonneurs SPATT

Les dispositifs Solid Phase Adsorption Toxin Tracking permettent de capter les toxines dissoutes présentes dans l’eau.

Les échantillons sont ensuite étudiés grâce à des analyses moléculaires — qPCR et ADN environnemental — afin de caractériser la diversité génétique et les dynamiques des populations.

Des analyses chimiques à haute performance, notamment par LC-HRMS/MS, servent à identifier et quantifier les toxines ainsi qu’à rechercher de potentiels biomarqueurs.

Des résultats attendus pour mieux anticiper le risque

  • Mieux comprendre les dynamiques saisonnières de la ciguatera dans le lagon et leur évolution lors des canicules marines.
  • Constituer une collection de référence de cultures de microalgues benthiques de Nouvelle-Calédonie.
  • Identifier les facteurs associés à la production de toxines et de nouveaux biomarqueurs potentiels.
  • Explorer la possibilité de mieux repérer, voire d’anticiper, les zones récifales présentant un risque accru.

Une approche résolument pluridisciplinaire

En associant écologie, biologie moléculaire et chimie analytique, ce travail s’inscrit pleinement dans la thématique du symposium consacrée aux cyanobactéries et microalgues nuisibles sur les récifs coralliens, à leurs facteurs de développement, à leurs dynamiques et à leurs impacts écologiques.

À retenir

En documentant les liens entre température, présence de Gambierdiscus et production de ciguatoxines, MaHeWa contribue à renforcer les connaissances nécessaires à la surveillance des canicules marines, à l’évaluation du risque ciguatérique et à l’adaptation des territoires insulaires du Pacifique.