Chann, étudiante en agro-développement à l’ISTOM, a réalisé une mission de terrain à Reao, en Polynésie française, du 10 avril au 8 mai 2025. Ce travail s’inscrit dans son stage au CRIOBE, débuté le 24 février 2025 et prévu jusqu’au 22 août 2025, dans le cadre du projet MaHeWa.
Encadrée par deux anthropologues, Jean Wencélius et Catherine Sabinot, Chann explore les valeurs matérielles, comme les revenus ou l’alimentation, et immatérielles, telles que la culture et l’identité, des ressources lagonaires. Elle documente également la mémoire des communautés face aux canicules marines et évalue leurs impacts sur les modes de vie polynésiens. Sa prochaine mission est prévue à Takaroa, du 4 juin au 9 juillet 2025.

À Reao, Chann a déployé un protocole méthodologique rigoureux, inspiré de divers travaux. Elle a conduit 27 entretiens avec 32 enquêtés, dont des pêcheurs, des pêcheuses, des aquaculteurs et des aquacultrices, pour explorer leurs activités quotidiennes, les valeurs des ressources et les changements environnementaux. Elle a participé à des pêches de bénitiers et de coquillages, tout en accompagnant la Direction des Ressources Marines pour le suivi des bénitiers. Une photo plastifiée de l’atoll a servi à cartographier les zones d’intérêt avec les usagers du lagon, et deux opérations de free-listings ont ciblé les ressources lagonaires et du platier. L’échantillonnage, stratifié selon le genre, l’âge et les types de pêche, a privilégié une approche ciblée (recommandations), opportuniste et de proche en proche dite ‘boule de neige’. de recommandation en recommandation.

Les premiers résultats de Chann révèlent des dynamiques locales marquantes. La Direction des Ressources Marines est omniprésente dans les discours, non seulement par rapport au suivi des bénitiers ou aux réglementations sur les zones protégées (les quotas de bénitiers et l’arrêt du commerce de pieuvres) mais aussi dans la manière dont les gens parlent des changements environnementaux et de leurs causes. Les enquêtés relèvent, d’une part, une raréfaction visible des espèces ciblées ou une prolifération d’algues mais, de l’autre, le ‘retour’ de certaines espèces telles que les carangues.. La pluriactivité, avec au moins trois activités par personne, est quasi-généralisée : les canicules marines favorisent la coprahculture (raccourciccement des temps de séchage), tandis que des conditions défavorables (lesquelles?) poussent à certains types de pêche. Les blanchissements de bénitiers, associés aux canicules, restent ancrés dans la mémoire locale, mais les jeunes délaissent les activités lagonaires, attirés par Internet, la télévision et d’autres goûts alimentaires. Les fortes houles et baisses d’eau prolongées affectent la coprahculture et les habitations.
Chann prépare son terrain à Takaroa pour approfondir son étude. Ses travaux alimenteront la prochaine réunion annuelle de MaHeWa à Papeete, fin août 2025, où elle présentera son mémoire !